Avec des .SI, Trump propulse les noms de domaine de Super Intelligence

Les noms de domaine Super Intelligence connaissent une croissance spectaculaire depuis que Donald Trump veut remplacer « Artificial Intelligence » par « Super Intelligence », ou « SI ». Une évolution sémantique qui profite directement à l’extension nationale de la Slovénie.

Le phénomène est pour le moins inattendu. Le .SI n’a historiquement aucun rapport avec l’intelligence artificielle. Il constitue le ccTLD de la Slovénie depuis 1992. Pourtant, en quelques jours, l’extension slovène est devenue l’objet d’une véritable ruée internationale.

Les noms de domaine Super Intelligence dopent le .SI

Le 29 septembre 2026, Donald Trump a signé un décret intitulé « Inaugurating the Era of Super Intelligence ». Le texte indique que l’administration américaine doit utiliser les expressions « Super Intelligence » et « SI » à la place de « Artificial Intelligence » et « AI ».

Le rapprochement avec le .SI slovène est immédiat.

Les statistiques publiées par le registre Register.si illustrent l’ampleur du phénomène. Au moment de la rédaction de cet article, sa page d’accueil affiche 312 452 noms de domaine .SI enregistrés, dont 46 066 nouveaux domaines au cours du dernier mois et 21 271 au cours des dernières 24 heures.

Ces deux derniers chiffres sont particulièrement impressionnants. Les 46 066 nouveaux .SI représentent environ 14,7 % du stock actuel. Les 21 271 dépôts réalisés en 24 heures représentent, eux, environ 6,8 % de l’ensemble des .SI actuellement enregistrés.

Autrement dit, près d’un nom de domaine .SI sur quinze du parc actuel a été enregistré au cours des dernières 24 heures.

Le registre slovène a d’ailleurs mis en place une page permettant de suivre quotidiennement cette croissance exceptionnelle.

Le .SI, extension nationale de la Slovénie

La Slovénie est un pays d’Europe centrale situé à la croisée des Alpes, de la Méditerranée, de la plaine pannonienne et des Alpes dinariques. Elle compte environ 2,13 millions d’habitants et couvre un peu plus de 20 000 km². Son économie de marché est intégrée à l’Union européenne et repose notamment sur l’industrie, les services, l’innovation et les technologies.

Le .SI est son extension nationale.

Le registre est géré par ARNES, l’Academic and Research Network of Slovenia. ARNES assure notamment la gestion du registre et de l’infrastructure DNS du .SI.

L’enregistrement est ouvert aux personnes physiques comme aux personnes morales. Aucun critère de résidence en Slovénie n’apparaît dans les conditions générales. Les demandes sont traitées automatiquement selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Un nom de domaine doit cependant respecter les règles de syntaxe. Son titulaire doit également agir de bonne foi et ne pas porter atteinte aux droits de tiers.

Cette ouverture facilite donc les dépôts internationaux. Elle facilite aussi les dépôts spéculatifs.

Le risque d’un développement du cybersquatting en .SI

Une telle vague de dépôts constitue un signal d’alerte pour les titulaires de marques.

Certains acteurs peuvent en effet enregistrer des noms correspondant à des marques connues. Ils peuvent chercher à les revendre ultérieurement. Ils peuvent également préparer une opération de phishing ou créer un site susceptible de provoquer une confusion avec le titulaire légitime.

Le risque est particulièrement important lorsque l’actualité crée soudainement une nouvelle signification commerciale pour une extension.

Les entreprises ont donc intérêt à surveiller les nouveaux dépôts de noms de domaine. Le service Brand Alert de Solidnames permet notamment de détecter les nouveaux enregistrements susceptibles de reprendre une marque. Cette surveillance permet d’identifier rapidement les dépôts litigieux et d’évaluer les mesures à prendre.

Une autre stratégie consiste à effectuer des dépôts préventifs. Le prix relativement accessible du .SI peut rendre cette solution pertinente pour certaines marques particulièrement exposées.

Le .SI dispose d’une procédure de résolution des litiges

Le titulaire d’une marque n’est toutefois pas dépourvu de recours.

Le registre slovène propose une procédure alternative de résolution des litiges, appelée ARDS. Elle permet à une personne disposant de droits plus importants sur un nom de domaine de saisir un tribunal arbitral spécialement compétent pour les litiges concernant les .SI. La procédure ne prive pas les parties de leur droit de saisir ensuite les juridictions compétentes.

Les frais officiels dépendent du nombre de noms de domaine concernés.

Pour un à cinq noms de domaine, le tarif est de 700 € TTC devant un arbitre unique. Le choix d’un collège de trois arbitres entraîne un supplément de 700 € TTC.

Pour six à dix noms, le tarif atteint 1 200 € TTC devant un arbitre unique, avec un supplément équivalent pour un collège de trois arbitres. Au-delà de dix noms, les frais sont déterminés par l’administrateur.

Cette procédure constitue donc un outil intéressant pour lutter contre les dépôts abusifs.

Le .SI face au .AI : deux histoires très différentes

La comparaison avec le .AI est particulièrement intéressante.

Le .AI est le ccTLD d’Anguilla. Son association avec l’intelligence artificielle est devenue une véritable stratégie de positionnement international. Le registre assume pleinement cette signification et compte plus d’un million de noms de domaine.

Le .SI se trouve dans une situation très différente.

La Slovénie n’a jamais choisi « Super Intelligence » comme positionnement commercial. Cette nouvelle signification lui tombe dessus à la suite d’une décision politique américaine.

Le phénomène est pourtant économiquement intéressant pour le registre. Chaque nouveau dépôt génère des revenus pour la chaîne de commercialisation du .SI. Mais cette popularité soudaine peut également poser une question plus fondamentale : le .SI risque-t-il de devenir progressivement l’extension de la « Super Intelligence » plutôt que celle de la Slovénie ?

La comparaison financière est également nette. Le tarif de gros du .AI est passé de 70 à 80 dollars par an en mars 2026, soit une hausse de 14,3 %. Sur la durée minimale de deux ans, le coût du registre atteint donc 160 dollars.

À l’inverse, le .SI reste une extension beaucoup plus abordable. Pour une entreprise, le dépôt préventif de quelques noms stratégiques peut donc avoir du sens.

Quand les ccTLD deviennent des extensions « marketées »

Le cas du .SI rappelle un phénomène bien connu dans l’industrie des noms de domaine.

Certains ccTLD dépassent largement leur fonction géographique et acquièrent une seconde signification commerciale. On parle parfois d’extensions « marketées » ou de Generic Code Country Code Top-Level Domains.

Le .CO est officiellement l’extension de la Colombie. Son nom évoque toutefois immédiatement « company » pour les entreprises internationales.

Le .ME est le ccTLD du Monténégro. Il s’est également imposé autour du mot anglais « me », notamment pour les services personnels.

Le .IO correspond au Territoire britannique de l’océan Indien. Son utilisation s’est développée dans l’univers des technologies et des start-up.

Le .TV appartient à Tuvalu. Son association avec la télévision et la vidéo lui a donné une importante visibilité internationale.

Avec des .SI, jusqu’où ira la Super Intelligence ?

Le succès actuel du .SI constitue donc un cas particulièrement intéressant.

L’extension slovène bénéficie d’une visibilité mondiale qu’elle n’avait probablement pas anticipée. Le registre peut se réjouir de cette accélération spectaculaire des enregistrements.

Mais cette popularité comporte aussi un risque. À force d’être utilisé dans un contexte de « Super Intelligence », le .SI pourrait voir son identité géographique progressivement brouillée.

Pour les titulaires de marques, le constat est plus immédiat : la vague de noms de domaine Super Intelligence justifie une surveillance renforcée du .SI.

Une marque exposée peut choisir entre surveillance et dépôt préventif. Dans les deux cas, l’objectif reste le même : détecter rapidement les enregistrements susceptibles de porter atteinte à ses droits et éviter qu’un phénomène de mode ne se transforme en problème de cybersquatting.